Le pedalboard des stars – Thurston Moore (Sonic Youth)

Dans les années 80 et 90, Thurston Moore et Sonic Youth représentaient l’avant-garde musicale new yorkaise. Leur spontanéité punk mélangée à un esthétisme noisy rock les plaçaient parmi les groupes les plus intéressants et intrigants de la scène rock de l’époque.

Le son de Sonic Youth doit beaucoup à ses deux guitaristes : Lee Ranaldo et Thurston Moore, deux musiciens de génie obsédés par l’expérimentation sonore. Intéressons nous plus précisément au pedalboard de Thurston Moore, le leader du groupe.

En 1981, Thurston Moore fonde le groupe Sonic Youth avec Kim Gordon. Jusqu’au milieu des années 80, le groupe utilise rarement des pédales d’effets et préfère jouer sur le volume des amplis pour créer une distorsion du son. Ce n’est qu’à la fin de la décennie 80 qu’ils commencent à expérimenter les pédales.

Sur la tournée de l’album « Daydream Nation » en 1989, Thurston Moore utilise désormais une pédale de volume « Dearmond » et une « MXR M-103 Blue Box ». Cette fameuse pédale bleue l’accompagnera pendant des années et sera l’une des pièces essentielles du son du guitariste. Il s’agit d’une pédale de fuzz couplée à un octaveur 100% analogique. Très simple d’utilisation, elle possède un grain très typé qui n’appartient qu’à elle.

la pédale MXR M-103 Blue Box de Thurston Moore

Pour les tournées des albums « Goo » (1990) et « Dirty » (1992), Thurston ajoute une pédale de distorsion « Turbo ProCo Rat ».

Avec l’album « Experimental Jet Set, Trash and No Star » (1994), Thurston Moore garde la « Turbo ProCo Rat » mais renouvelle le reste de son pedalboard. Il intègre une « Sovtek Big Muff », version russe de la traditionnelle Big Muff PI et ajoute deux pédales de la marque Mutron : la « Mutron Fuzz/Wah » datant des années 70 et la « Mutron Phase Shifter ». Alors qu’il ne se servait uniquement de pédales de distorsion, Thurston Moore s’intéresse désormais aux effets wah wah et phasing.

Sur l’album « Washing Machine », Thurston utilise une « Ludwig Phase II Guitar Synthesizer » que l’on peut entendre sur plusieurs titre de l’album dont le single « Diamond Sea ».
Construite dans les années 70, cette pédale fait sonner la guitare comme un synthétiseur. Il s’agit en réalité de plusieurs effets tels que des fuzz et des filtres combinés dans une boîte qui se déploie pour révéler une pédale à bascule. Muni d’un panneau de contrôle très complexe, le phase II est capable de produire des sons proches de conversations d’aliens ou d’atterrissage de navette spatiale.

Ludwig Phase II Guitar Synthesizer

En 1998 avec l’album « A Thousand Leaves », Thurston Moore trouve sa configuration définitive qu’il ne lâchera plus pendant 10 ans. Celle-ci comprend une « Sovtek Big Muff », une « ProCo Turbo Rat », une « MXR Blue Box », une « MXR Phase 90 », une « Dunlop Hendrix Octave Fuzz » et la « Mu-Tron Wah Wah »

En 2009, pour la tournée de « Eternal », le dernier album du groupe, Thurston abandonne pour la première fois sa fidèle « MXR Blue Box » et utilise une « Sitori Sonics Harem Fuzz » ainsi qu’une « Crowther Hot Cake overdrive ».

Mais son utilisation habile des effets n’est en réalité qu’une partie de la recette miracle de Thurston Moore. Le son si atypique de Sonic Youth doit beaucoup à ses accordages de guitare peu orthodoxes qu’il n’a eu cesse d’expérimenter au fil des années. Thurston Moore a aussi développé certaines techniques de jeu originales. Il joue de la guitare avec des baguettes de batterie sur plusieurs titres dont « 100% », « Free City Rhymes », « Burning Spear », « She is Not Alone », « The World Looks Red », ou Youth Against Fascism », mais aussi avec un marteau sur « Heather Angel », une lime de fer sur « Small Flowers Crack Concrete » et « Calming the Snake » et même avec un klaxon de vélo sur « Lightnin’ »…

Laisser un commentaire

19 − 17 =