Matos de légende #6 – Le Mellotron

Le Metrollon de John Lennon

John Lennon et son mellotron Mark II

Quel est le point commun entre Radiohead, Genesis, Oasis, The Beatles et Pink Floyd ? Ils ont tous à un moment ou un autre de leur carrière utilisé un mellotron sur scène ou en studio.

Le premier modèle de Mellotron, baptisé Mark I vit le jour en 1963. Seuls 55 exemplaires furent produits cette année là. Le mellotron est l’ancêtre du synthétiseur, il fonctionne comme un échantillonneur. Chaque note du clavier contrôle la lecture d’une petite bande magnétique contenant l’enregistrement à restituer. Il s’agit donc d’un instrument complètement polyphonique. Les échantillons sont linéaires (la note n’est pas jouée en boucle) et durent environ 8 secondes. Le modèle Mark I contenait des sons de violons, de flutes ou de cuivres.

Le Mellotron Mark II

Le Mellotron Mark II produit en 1964

C’est en 1964 que sort le mellotron Mark II. 250 exemplaires furent produits jusqu’en 1968. Ce modèle a été utilisé dans de nombreux enregistrements majeurs de l’histoire de la musique. L’exemple le plus connu d’utilisation du mellotron est sans aucun doute celui de « Strawberry Fields Forever » des Beatles en 1967. L’instrument, acheté par John Lennon un an plus tôt et apporté spécialement dans les studios, est joué par Paul McCartney qui a composé l’introduction du morceau. Les Beatles sont alors l’un des premiers groupes de rock à utiliser un mellotron. Les Beatles continueront à utiliser des mellotrons sur « Magical Mystery Tour » (1967) et le « White Album » (1968), mais ont désormais ouvert la voie à de nombreux autres groupes de la même époque. On retrouve par exemple le mellotron sur « 2000 Light Years from Home » et « She’s A Rainbow » (1967) des Rolling Stones, « Space Oddity » (1969) de David Bowie, « Dream On » (1973) de Aerosmith ainsi que de nombreuses chansons des Kinks, des Small Faces ou des Pretty Things. Sur l’introduction de « Stairway To Heaven » (1971) de Led Zeppelin, on retrouve le même son de flûte tremblant que celui utilisé par les Beatles sur « Strawberry Fields Forever ».

Le M300 succèdera au Mark II mais la volonté de baisser les coûts de production entrainera une dégradation de la qualité de l’instrument et celui-ci tombera vite dans l’oubli après 60 exemplaires produits.

En 1970, le mellotron M400 est conçu pour être plus facilement transportable. Son poids est à présent de 55 kg. De nouveaux sons sont proposés, dont les fameux chœurs à huit voix mais surtout il est à présent possible d’y insérer ses propres échantillons musicaux pour qu’ils soient intégrés dans un rack. Le modèle M400 devient alors très populaire notamment auprès des groupes de rock progressif des années 1970. King Crimson, Genesis, Yes, Tangerine Dream et bien sûr Pink Floyd utilisent massivement le mellotron qui devient un élément clé de leurs compositions. Il s’agit véritablement de l’âge d’or du mellotron. En 1986, le mellotron disparaît progressivement au profit des échantillonneurs numériques. Les derniers groupes à les utiliser dans les années 80 sont Joy Division, XTC ou Talk Talk. Il faut savoir que le prix d’un mellotron est terriblement élevé (5200 $ en 1973). De plus, il s’agit d’un instrument fragile dont le transport et l’utilisation en concert s’avèrent peu pratiques. Dans les années 70, certains groupes emportaient avec eux deux mellotrons au cas où l’un d’eux tomberait en panne.

Dans les années 90, le mellotron fait un retour en force grâce à Oasis et leur album « (What’s The Story) Morning Glory ? » (1995). L’instrument est présent sur de nombreuses pistes et notamment sur l’incontournable « Wonderwall » utilisé ici pour calquer le timbre des violoncelles.
En 1997, c’est au tour de Radiohead de remettre le mellotron au goût du jour. Johnny Greenwood l’utilise pour toutes les parties de cordes et de chœurs de l’album « OK Computer ». Le titre « Exit Music (For A Film) » est un bon exemple de l’utilisation du mellotron par le quintet d’Oxford. Suivront ensuite Muse (« Showbiz », 1999), Air (« Moon Safari », 1998 et « The Virgin Suicides », 2000), Pearl Jam (« Riot Act », 2002) ou encore Justice (« Audio, Video, Disco », 2011).

Pour les guitaristes férus d’expérimentation, Electro-Harmonix a sorti tout récemment une pédale censée reproduire les sons du mellotron. Le « MEL9 Tape Replay Machine » propose neuf sons différents : Orchestre, Violoncelle, Cordes, Flute, Clarinette, Saxophone, Cuivres, Choeur grave et Choeur aigu. La pédale peut aussi bien être utilisée sur une guitare, une basse ou un clavier. La vidéo de présentation est assez bluffante.

On termine en musique avec la playlist spéciale Mellotron de Guitar Geek :